Fête de sainte Jeanne d'Arc

Commentaires des pièces de cette messe par Dom Baron.

Ce n'est pas parce qu'elle a sauvé la patrie que Jeanne d'Arc a été canonisée. Ce n'est pas non plus parce qu'elle a été appelée par Dieu à cette mission ; envoyée, guidée par lui. C'est tout simplement parce qu'elle a fait la volonté de Dieu et qu'elle l'a faite dans des circonstances qui lui ont fait pratiquer les vertus à un degré héroïque.

Il reste que sa mission était d'une importance capitale pour l'Eglise, tout autant que pour la France : on l'a bien vu lorsque l'hérésie a couvert l'Angleterre. Si la France alors avait été anglaise c'en était fait de sa foi.

Jeanne d'Arc a donc lutté à la fois pour Dieu et pour la France. C'est à ce double titre que l'Eglise l'honore et la prie : « Dieu qui avez suscité merveilleusement la Bienheureuse Jeanne pour défendre la foi et la patrie, donnez-nous, nus vous en prions, par son intercession, que votre Eglise après avoir déjoué les embuches de ses ennemis, jouisse d'une paix sans fin ».

INTROÏT

LE TEXTE

Chantons au Seigneur.
Glorieusement, en effet, il a fait éclater sa grandeur.
Ma force est l'objet de ma louange est le Seigneur.
Et il est devenu pour moi le salut.
Alleluia, Alleluia.

Ps. - Chantez au Seigneur un cantique nouveau,
Car des merveilles il a faites. Exode XV, 1, 20. - Ps. XCVII, 1.

C'est le début du chant des Isarélites après le passage de la mer Rouge. Alors que les flots ouverts, obéissant à la main étendue de Moyse, venaient de se refermer sur l'armée du Pharaon « Moyse et les enfants d'Israël chantèrenet ce cantique à Yahweh :
Chantons à Yahweh.
Dans la gloire il a déployé sa grandeur.
Il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier.
Yahweh est ma force et l'objet de mes chants.
Il a été pour moi le salut...

Marie la prophétesse, sœur d'Aaron, prit à la main un tambourin et toutes les femmes vinrent à sa suite avec des tambourins et en dansant. Marie répondait aux enfants d'Israël :

Chantons à Yahweh.
Dans la gloire il a déployé sa grandeur.
Il a précipité dans la mer le cheval et le cavalier. »

Le choix est heureux. L'application se fait d'elle-même. Ce chant d'action de grâces n'a-t-il pas monté des fois et des fois aux lèvres des Français dans la marche triomphale d'Orléans à Reims. Et n'est-il pas aussi bien sur les lèvres de toute l'Eglise qui par la même victoire fut, elle aussi, préservée.

LA MÉLODIE

Elle est calquée sur celle de l'Introït Circumdedérunt du Dimanche de la Septuagésime, magnificatus est excepté, qui est emprunté à et conventum facite de l'Introït Laetare du IVe Dimanche de Carême. L'adaptation est très bonne. La première phrase du Circumdedérunt, sombre et un epu douloureuse, a été évitée, de même le pressus qui fait ce premier mot pesant. Rien n'arrête le bel élan de joie qui monte vers Domino et se prolonge jusqu'à la fin de la phrase, s'étalant sur gloriose enim ferme et sonore comme une fanfare de victoire, et s'envolant en carillon sur les torculus de magnificatus est.

La seconde phrase exulte moins Les paroles d'ailleurs n'ont plus le caractère ardent du début. L'âme se replie sur sa joie intérieure et fait retour au Seigneur de la part qui lui revient dans le triomphe. Une touche de gravité passe sur fortitudo, ais la ferveur est toujours là, mêlée à la gratitude sur mea Dominus et factus est. La détente est un peu courte sur salutem. Aussi bien, ce n'est pas la fin ; les deux Alleluias prolongent la louange qui s'achève en une cadence bien proportionnée cette fois.

L'intonation sera très vivante, sans être précipitée ; on veillera notamment à donner au punctum de méis toute sa valeur. Un crescendo montant sur Domino passera sur gloriose et continuera jusqu'à la fin de la phrase, se renforçant sur enim qui sera très rythmé. On arrondira le sommet des torculus de magnificatus est. Toute la phrase doit être souple, enveloppée dans un souffle ardent qui ne cesse que sur le torculus final.

Le début de la seconde phrase sera plus doux, l'intensité commencera de croître à partir du torculus de laus, sans éclat elle atteindra son maximum sur la double note de factus est, une bivirga épisématique qui sera bien appuyée ?

Retenez quelque peu salutem, et faites un bon départ a tempo et un crescendo bien mené sur le premier alléluia.

En dehors du temps pascal, la cadence de salutem sera beaucoup plus retenue puisqu'elle sera alors conclusive.

ALLELUIA I

LE TEXTE

Tu as agi avec une âme d'homme
Et vaillant est ton cœur.
La main du Seigneur t'a revêtu de force,
En conséquence tu seras bénie à jamais. Judith XV, 11, 12.

C'est ainsi que le Grand Prêtre salua Judith lorsqu'après la défaite des Assyriens il vint lui rendre hommage. Elle avait été, par la force de Dieu, le principal artisan de la victoire en coupant la tête d'Holopherne. Elle avait sauvé le pays.

Ainsi de Jeanne d'Arc. Aussi l'application se fait-elle d'elle-même.

LA MÉLODIE

Nous l'avons rencontrée maintes fois : le IIIe Dimanche de l'Avent, à l'Ascension, à la Pentecôte. Son caractère discret, contemplatif, convient mieux à une louange intérieure qu'à l'ardeur éclatante des jours de victoire. Mais aussi bien, ce n'est pas tant de ses victoires que Jeanne est louée ici que des vertus dont la main de Dieu l'a gratifiée et de la bénédiction qui est sur elle à jamais. « Je me suis proposée de prendre la Sagesse pour compagne de ma vie... », nous dit-elle dans l'Epître. L'Eglise l'en félicite ici en des nuances délicates. Toutefois un mouvement plus rapide et un rythme plus marqué mettront dans la mélodie quelque chose de a joie des victoires qui ne se sépare pas de l'autre en un tel jour.

La courbe de fecisti sera gracieuse mais prendra en remontant sur viriliter une certaine vigueur : le punctum qui précède, posé doucement puis allongé en rinforzando, donnera cette nuance. Veillez à ne pas précipiter et confortatum est. Lancez bien le début de la seconde phrase et retenez toute la montée de confortavit en la menant crescendo, le salicus bien appuyé. Par contre, vous vous complairez sur eis. La montée de aeternum sera menée crescendo-accelerando.

ALLELUIA II

LE TEXTE

Maintenant donc prie pour nous
Car tu es une femme sainte et craignant Dieu. Judith VII, 29.

C'est encore de l'histoire de Judith que sont extraites ces paroles. C'était à l'heure du danger. Devant la force des Assyriens, le Grand Prêtre avait perdu courage, il allait livrer la ville. Judith l'apprit et vint lui reprocher sa conduite. Il reconnut son tort et s'inclinant devant la sagesse de cette femme lui dit : « Maintenant prie pour nous... » Le contexte change ici ; c'est après la victoire que cette prière est adressée à Jeanne d'Arc, mais le sens est bien le même. Devant le choix que Dieu a fait d'elle pour sauver le pays et la foi, et devant la sainteté qu'elle a acquise et qui lui donne tant de pouvoir sur le cœur de Dieu, l'Eglise se confie à elle et se réclame de con patronage. Ne vient-elle pas de dire dans l'Eglise : « Je gouvernerai les peuples et les nations me seront soumises... ».

LA MÉLODIE

Nous l'avons déjà trouvée pour la fête des Saints Innocents. C'est une prière aimable, joyeuse. Elle loue plus qu'elle ne supplie.

La première phrase, particulièrement gracieuse au début, finit sur une cadence très commune mais qui prend ici une nuance de prière discrète, délicate, et très aimante. La seconde est plutôt empreinte d'admiration, de vénération. La joie revient avec la vocalise, souple, rythmée comme une danse lente et pieuse.

Commencez l'Alleluia à mi-voix et menez le crescendo jusqu'à la dernière syllabe que vous arrondirez avec grâce, puis balancez avec souplesse l'admirable jubilus, il est ait d'un seul motif, repris et allongé d'une cadence ; veillez de très près à la liaison de la reprise ; il faut qu'on sente la distinction sans que l'unité en souffre.          

Le mouvement du verset demeurera assez lent et tout le mot ora sera élargi. On fera très expressif sancta dans la seconde phrase. Deum sera relié au jubilus par dessus le quart de barre sans la moindre interruption.

OFFERTOIRE

LE TEXTE

Ils la béniront tous d'une seule voix disant :
Tu es la gloire de Jérusalem,
Tu es la joie d'Israël.
Tu es l'honneur de notre peuple.
Alleluia ! Judith. XV. 10.

Ce sont les paroles de bénédiction et de gloire que le Grand Prêtre et es anciens de Jérusalem adressèrent à Judith lorsque, après la défaite totale des Assyriens, ils vinrent la saluer à Béthulie. Acclamations splendides qui, après Notre Dame vont à tous ceux qui viennent asséner sur la tête de Satan les coups qui, les uns après les autres, contribuent à l'écraser. Jeanne d'Arc en fut. En quoi elle est la gloire, la joie et l'honneur de l'Eglise, et de la France, sa fille aînée.

LA MÉLODIE

Elle est faire de motifs empruntés à des sources très diverses. Mais la centonisation en a été habilement faite.

De l'intonation qui va en crescendo se dégage une ferveur intense qui se répand sur toute la phase et prépare les acclamations qui suivent.

La première est un beau mouvement de joie, sans éclat mais animé d'une ardeur qui va vers la seconde, s'épanouit large et enthousiaste sur la double note et la clivis allongée de laetitia et se prolonge tout le long de la phrase. La troisième se développe très brillante dans les hauteurs où elle s'établit comme une grande clameur qui voudrait ne pas finir.

Il faut insister sur le  motif de l'intonation : retenez légèrement le toculus initial et donnez du poids à la première note de tous les podatus comme si elle était affectée d'un épisème horizontal. Marquez bien aussi le salicus de eam. Veillez à bien lier una voce en faisant les notes égales et en marquant très peu les ictus.

In Gloria sera très souple et d'un seul jet, rattachez-y étroitement Jérusalem, en le conduisant en un discret crescendo vers le dernier podatus.

Tu laetitia sera élargi et il y aura une reprise de mouvement et d'intensité sur le dernier motif d'Israël, de même un crescendo-accelerando unira les premiers neumes de tu honorificéntia et les conduira vers e sommet qui, lui aussi, sera élargi et arrondi ; toute la dernière incise sera bien vivante et sonore. Etalez l'Alleluia, en rythmant avec soin son admirable cadence.

COMMUNION

LE TEXTE

Même si je marche au milieu des ombres de la mort
Je ne craindrai pas le mal,
Car tu es avec moi, Seigneur Jésus,
Alleluia.

Quel admirable cri de confiance de l'âme envers le Christ présent en elle : On pense au dernier mot de Jeanne sur le bûcher !

LA MÉLODIE

C'est celle de la Communion Féci judicium de la messe Me expectavérunt des vierges martyres. Le calque est bon : aussi bien c'est la même idée. Une affirmation douce et ferme qui va vers quoniam tu mecum es, si pénétrée de joie, d'amour délicat et qui s'épanouit en tendresse sur Domine Jesu. (Voir la Communion du Dimanche de la Sainte Trinité qui, elle aussi, a été calquée sur Feci judicium)

On pourra allonger la première note du podatus de ambulavérunt. Tout le reste de la première phrase sera chanté très simplement, sans effort, d'un seul mouvement très lié avec une nuance de certitude joyeuse.

On donnera un peu de mouvement à la première incise de la seconde phrase qui sera souple et légère. Par contre, on retiendra avec grâce et expression Domine Jesu.

 

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