L'Office des Ténèbres

Aux premières heures du jeudi, vendredi et samedi saints, on célèbre l’office connu sous le nom de Ténèbres.

En fait, il s’agit des Matines, la première et plus importante partie du Bréviaire. Ce long office «évoque symboliquement le coucher du Soleil de justice, notre Sauveur, et les ténèbres spirituelles du peuple juif.» Robert Lesage, Dictionnaire pratique de liturgie.

«Tout y est triste et sombre, comme à des funérailles; et rien n’est plus propre à nous donner une idée de la tristesse à laquelle l’Eglise est en proie, en ces jours de deuil.» Dom Guéranger, L’année liturgique.

Ce dépouillement s’exprime déjà par la suppression des parties du début et de fin, où le Seigneur est habituellement invoqué dans la confiance (pas d’invitatoire, ni d’hymne, pas de Gloria Patri à la fin des psaumes, cantiques et répons). Le Seigneur nous est comme enlevé. «Une psalmodie sévère, des lectures sous forme de lamentations, des chants tristes mais profonds: voilà ce qui leur reste.» Dom Guéranger, ibid.

Chaque nocturne contient trois psaumes avec antiennes, un verset et trois lectures, suivies chacune d’un répons. Ces derniers, avec les lamentations du prophète Jérémie, sont sans doute les parties les plus marquantes de cet office, parce que les plus riches, et conséquemment les plus célèbres.
Nous avons voulu reproduire ici l’ambiance de cet office des Ténèbres, en reprenant ses parties essentielles dans l’ordre chronologique : les antiennes et quelques versets des psaumes, les lamentations de Jérémie et les fameux répons, véritables joyaux qui expriment tant par le texte que par la musique, les sentiments intimes du Christ.

Depuis 15 siècles, ils sont source d’inspiration et de méditation sur la Passion; ce sont les plus anciennes et les plus vénérables pages du bréviaire.

Au-delà des répons, le chant des lamentations de Jérémie marque un moment privilégié de cet office. A travers Jérusalem attaquée, bafouée et meurtrie, c’est le Christ dans son corps et son âme que le prophète évoque. Nous avons fait figurer sur ces disques les fameuses mélodies mozarabes de ces prophéties.

L’office s’achève sur le chant des Laudes avec ses 5 psaumes (que nous n’avons pas reproduit ici, faute de place); par contre, vous trouverez le chant du Benedictus avec son antienne, suivi du célèbre Christus factus est en finale: inachevé et méditatif les deux premiers jours, triomphalement complété le troisième.

Le cérémonial dans le chœur de l’église est également dépouillé. Deux cérémonies ponctuent néanmoins cet office:
• près de l’autel est placé un grand chandelier triangulaire sur lequel sont disposés 15 cierges. A la fin de chaque psaume, on éteint un cierge; cette cérémonie symbolise la défection presque générale des Apôtres.
• Cependant, un cierge demeure allumé jusque vers la fin : la lumière méconnue du Christ. Au milieu des ténèbres qui se sont peu à peu épaissies autour d’elle, seule elle luit encore, pour aller mourir sur le calvaire, que représente la table de l’autel, où un moment, ce cierge est posé. Caché derrière l’autel, il est l’image de la sépulture de Jésus. Le bruit confus qui se fait entendre enfin rappelle les convulsions de la nature s’associant à ce grand deuil: la terre trembla, les rochers se fendirent, les tombeaux furent ouverts. Tout à coup, la lumière réapparaît, figurant la résurrection et annonçant le triomphe du Sauveur sur la mort.

On le voit, malgré le dépouillement général, l’Eglise a instauré un cérémonial particulier, très expressif et qui va à l’essentiel.

Dans cet office, tout est puissant, remuant l’âme jusque dans ses profondeurs. Un tel chef-d’oeuvre ne pouvait manquer à notre intégrale de chant grégorien. Et si cette cérémonie est peu fréquentée, peut-être que l’écoute de ses parties essentielles donnera le goût d’y participer, en tout cas, de vivre la Passion et les jours saints de façon plus intérieure.

Enfin, pour parachever ce volume, nous y faisons figurer le chant dépouillé mais émouvant de la Passion de Jésus-Christ selon saint Jean.

Bernard Lorber

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