Dietrich Buxtehude, un génie de la musique vocale sacrée

Sans doute fait-il partie des compositeurs peu connus de musique vocale sacrée. Et pourtant, Bach ayant fait 500 km pour venir l'écouter, a été tellement séduit, qu'il resta chez Buxtehude quatre fois plus de temps que prévu.

Alleluja, extrait de la cantate BuxWV 15, Der Herr ist mit mir

Ce dossier se veut une approche de l'oeuvre très raffinée de Buxtehude. Il fourmille d'extraits à écouter en ligne et renvoie à la discographie actuellement disponible.

 

Il est « célèbre comme compositeur pour clavier, orgue et chœur », lit-on dans un poème publié en 1685 et écrit à la louange de l'organiste de l'église Sainte-Marie de Lübeck. Mais un quart de siècle après sa mort, on ne se souvenait déjà plus du compositeur qu'en tant que grand virtuose de l'orgue. Seuls quelques rares documents bibliographiques mentionnaient encore ses œuvres pour clavecin et déjà plus personne n'avait gardé mémoire de ses compositions vocales. Vingt ans plus tard, le lexicographe Gerber ne parvenait à dénicher que deux pièces pour orgue de Buxtehude, mais elles lui « suffirent pour y reconnaître la griffe du maître ». Buxtehude en tant que compositeur d'œuvres vocales allait être, pour longtemps, totalement oublié. Ce n'est qu'au début de notre siècle que l'on commença à le redécouvrir et à reconstituer progressivement son œuvre. Des recherches sur le contexte dans lequel les compositions de Buxtehude virent le jour ont établi que sa musique pour orgue avait sans doute été écrite plutôt dans la première moitié de sa vie alors que la musique vocale religieuse avait suscité son intérêt dans ses trente dernières années. On ignore presque tout des premières années de la vie de Buxtehude ainsi que de la formation musicale qu'il put recevoir. Son nom est celui d'une ville située dans le nord de l'Allemagne, au sud-ouest d'Hambourg. Il naquit vers 1637, d'un père organiste, et passa le début de son existence dans le Holstein, à Oldesloe, qui, à cette époque, était sous domination danoise. C'est également dans les villes danoises d'Helsingborg et d'Elseneur, où son père exerça des fonctions de musiciens, que Buxtehude commença lui aussi sa carrière. En 1668, il fut nommé organiste de l'église Sainte-Marie de Lübeck et allait occuper ainsi ce qui était considéré comme l'une des charges les plus importantes d'Allemagne du Nord dans le domaine de la musique religieuse.

Buxtehude devient citoyen de Lübek le 23 juillet 1668 et, quelques jours plus tard, le 3 août 1668, il mariait Anna Margarethe Tunder, la fille de son prédécesseur. Il n'est pas certain que ce mariage ait été une condition d'emploi comme ce sera le cas avec son successeur, mais cette coutume n'était pas inusitée en ces temps-là.

Les fameux Abendmusik de Lübeck

Il attira rapidement l'attention en organisant - en marge des cérémonies du culte - des concerts sacrés qui avaient lieu tous les ans, chacun des quatre dimanches de l'Avent, en fin d'après-midi. Au cours de ces « Abendmusiken » (Soirées musicales) comme on les appela, les auditeurs purent parfois entendre de longues œuvres de type oratorio, mais plus fréquemment sans doute un mélange de pièces instrumentales, de cantiques, d'adaptations de psaumes et d'œuvres apparentées au genre de la cantate. La preuve nous en est fournie par un programme imprimé, datant de l'année 1700. Ces «Abendmusiken », devenues peu à peu une véritable institution de la ville de Lübeck, étaient tellement associées au nom de Buxtehude que lorsqu'on déplora sa mort, survenue le 9 mai 1707, on parla de la « Abendmusik qui soudainement s'était tue ». L'obligation de produire régulièrement de la musique figurée ne pesait pas sur Buxtehude : de cette tâche devait s'acquitter comme c'était si souvent le cas à l'époque dans l'Allemagne du Nord, le cantor de l'église Sainte-Marie. Etant par conséquent libre d'écrire ses compositions vocales quand bon lui semblait, Buxtehude put ainsi créer des œuvres d'une qualité nettement supérieure à celles qu'un cantor par exemple fournissait à la chaîne, dimanche après dimanche. Les compositions vocales de Buxtehude manifestent les hautes exigences artistiques qui animaient leur auteur. L'équilibre parfait que Buxtehude parvient à maintenir entre la diversité musicale et l'unité formelle de ces compositions mérite tout particulièrement d'être souligné.

Lauda Sion Salvatorem, BuxWV 68, extrait

Son œuvre
Buxtehude a rempli fidèlement ses tâches à l'église Marienkirche pendant près de 40 ans. La seule référence quant à ses voyages est une visite à Hambourg, en 1687, pour y examiner un orgue de Schnitger récemment installé dans l'église Nikolaikirche. Il était en contact, d'une façon ou d'une autre, avec les autres principaux musiciens allemands de son temps. Il était ami avec la famille Duben de Stockholm. C'est à la vaste collection de manuscrits de musique sacrée de Gustaf Duben que l'on doit la conservation de presque toute la musique vocale de Buxtehude, laquelle compte 112 cantates, quelques œuvres liturgiques, des airs pour mariage et des canons. De ses compositions pour les Abendmusik ne nous sont parvenus malheureusement que 8 compositions.
Cantate Domino, BuxWV 12, extrait


L'organiste et ses élèves
Buxtehude est très connu dans le monde des organistes pour sa littérature organistique. En  quarante ans de présence comme organiste à la Marienkirche, il composa 89 œuvres. Parmi la jeune génération d'organistes, Nicolaus Bruhns a été son élève, et Pachelbel lui a dédié son Hexachordum Apollonis (1699). Mattheson et Händel le visitèrent, à Lubek, le 17 août 1703. Mattheson, considéré comme étant son successeur éventuel, déclina l'offre lorsqu'il prit connaissance de la condition de mariage qui y était rattachée - la fille de Buxtehude n'était, semble-t-il, pas particulièrement attractive... La documentation concernant le fameux voyage de Bach à Lubek repose sur le compte-rendu de consistoire d'Arnstadt du 21 février 1706 où il est dit « qu'il s'est rendu à Lubek pour y apprendre des choses concernant son art » et qu'il ait demandé une permission d'absence d'une durée de quatre semaines, mais il y est resté à peu près quatre fois plus longtemps, ce qui failli lui coûter son poste. Il était probablement présent lors des extraordinaires Abendmusik des 2 et 3 décembre 1705 commémorant la mort de l'empereur Leopold I et l'accession de Joseph I. Il est clair, à partir de la notice nécrologique de Bach, que le but de sa visite était d'entendre Buxtehude à l'orgue.

Buxtehude et le lyrique
L'œuvre vocale de Buxtehude fait partie des grands monuments du répertoire lyrique. Buxtehude considérait la voix comme un instrument à part, contrairement à d'autres compositeurs - comme Bach, par exemple - qui traitent la voix comme un instrument à corde, lui faisant faire une gymnastique certes virtuose, mais pas toujours très vocale. Rien de cela chez Buxtehude, qui bien qu'étant un homme du clavier, connaissait les ressorts de la voix humaine pour en tirer le meilleur.
Alleluja, extrait de la cantate 43, Heut triumphiert Gottes Sohn (Aujourd'hui triomphe le Fils de Dieu)

Requiescat in pace
Buxtehude a été mis en terre, le 16 mai 1707, dans l'église Marienkirche aux côtés de son père et de ses quatre filles qui l'avaient précédé. Un successeur, consentant à la condition de mariage, J.C. Schieferdecker, agissant déjà comme son assistant, fut nommé organiste et Werkmeister le 23 juin et il maria Anna Margareta Buxtehude.
Wachet auf ruft uns die Stimme, BuxWV 101 (Réveillez-vous, nous crie la voix)

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